L’IA pour décrypter les émotions

L’IA pour décrypter les émotions

 

L’analyse fiabilisée des émotions est un enjeu récurrent – et complexe – de l’e-reputation.

Première bonne nouvelle, l’IA apporte des réponses inédites.

Deuxième bonne nouvelle : l’un des nouveaux acteurs sur ces applications est français !

Entretien avec Grégoire Pfirsch, fondateur de Q°emotion

 

Grégoire, tu es le  fondateur de Q°emotion : en deux mots, c’est quoi, Q°emotion ?

 

Grégoire Pfirsch : La solution Q°emotion met l’Intelligence Artificielle au service de l’analyse des émotions ressenties par les clients, via une plateforme SaaS et des API.

La promesse de Q°emotion est double : accélérer la relation client et ré-enchanter l’expérience client.

Les algorithmes d’IA de Q°emotion analysent, classifient et priorisent tout type de messages clients écrits, grâce à la détection des émotions ressenties.

Par exemple si une entreprise reçoit beaucoup de messages ou d’avis clients (comme des emails, des reviews online ou des verbatim d’enquêtes) et qu’elle a besoin d’accélérer leur traitement, de les prioriser ou de détecter en priorité des situations à risques ou des opportunités commerciales : la solution Q°emotion est faite pour elle.

 

Jusqu’à présent, dans la relation unissant les socionautes aux marques, on s’est surtout intéressé aux « like » et autres « follow » ; aujourd’hui, on commence à s’intéresser à la qualité des contenus qui enrichissent cette relation…

Grégoire Pfirsch : De nos jours, les clients sont de plus en plus enclins à se diriger vers le web pour écrire ce qu’ils ressentent. Une mauvaise expérience ou une recommandation ne prend que quelques secondes pour être partagée avec une masse d’internautes. La force de ce moyen de communication est dans le partage massif.

L’aspect quantitatif a son importance indéniable sur ces sujets : nombre de « like » ou volume de followers.

Mais de plus en plus d’entreprises se montrent aujourd’hui également sensibles à l’aspect « qualitatif » des contenus partagés et commentés, notamment dans des logiques d’influenceurs ou d’ambassadeurs.

C’est pourquoi nous proposons aux marques de compléter la logique « quanti » par l’évaluation émotionnelle des contenus partagés ou commentés par les principaux acteurs de l’écosystème pour identifier les « influenceurs ou ambassadeurs émotionnels » : quels sont ceux qui promeuvent des contenus émotionnellement favorables ou défavorables à ma marque ?

 

 

L’analyse des émotions sur le Web date des débuts du Web 2.0 ; mais rapidement on s’est aperçu que la réalité des sentiments allait bien au-delà du comptage de quelques mots positifs ou négatifs : qu’est-ce qui a changé depuis ? Qu’est-ce qu’apporte notamment l’AI ?

Grégoire Pfirsch : Aujourd’hui, les puissances de calcul informatique (traitement automatique de gros volume de data) couplé à de l’Intelligence Artificielle (processus d’apprentissage automatique : machine learning) autorisent une analyse beaucoup plus experte et fiable de la linguistique (NLP – Natural Language Processing), et dans le cadre d’analyse émotionnelle, une meilleure détection des tonalités émotionnelles du langage.

Chez Q°emotion, nous mettons l’IA (Intelligence Artificielle) au service de la compréhension des émotions, pour plus d’empathie dans l’expérience et la relation client. Un exemple d’application est la détection de fortes émotions dans les avis clients d’une compagnie aérienne, pour détecter les facteurs d’enchantement ou de désenchantement, et pour prioriser l’urgence des recontacts sur des sujets critiques (sécurité, juridique, image, bad buzz…).

Nos algorithmes d’IA permettent de repérer dans les éléments de langages écrits les émotions extrêmes (colère, dégoût, surprise) et les niveaux d’intensité inhabituels pour faire émerger les messages prioritaires et anticiper les situations à risque potentiel : détection en temps réel de bad buzz ou de risque de churn/ d’attrition clients par exemple.

 

Reste malgré tout une forte proportion des internautes à manier litotes et ironie : « Super restaurant » peut tout aussi bien signifier « Horrible gargote » dans la bouche de certains …

Grégoire Pfirsch : Nous nous appuyons sur un dictionnaire multilingue du langage émotionnel de plusieurs dizaines de millions de mots et d’expressions indexés émotionnellement (ainsi que toute caractéristique du langage écrit: abréviation, argot, émoticônes, … ).

Ainsi les différentes figures de style utilisées vont aussi pouvoir être indexées dans notre base d’apprentissage; la syntaxe et le contexte dans lequel ces expressions sont employées permettent de confirmer ou d’inverser le sens émotionnel du propos: par exemple l’usage d’émoticônes permet souvent de détecter l’ironie.

YouTube & uberisation de la pub

YouTube & uberisation de la pub

L’ubérisation de la société ne touche pas que les chauffeurs de taxi ou les livreurs de repas : elle s’attaque aussi au monde magique de la publicité… par la grâce conjuguée des médias sociaux et de nouvelles agences spécialisées.

Dans le monde d’avant, quand un maroquinier voulait promouvoir son dernier sac à main par exemple, son agence de RP contactait les supports adéquats (Elle, Madame Figaro, etc.) tandis que son agence de communication y achetait de pleines pages de pub : bien sûr, rien ne garantissait les rédactionnels – déontologie oblige – mais pas toujours facile de refuser tout retour d’ascenseur à un bon client !

Aujourd’hui, ce même annonceur  peut rentrer en contact avec des Youtubeurs ou des Instagrameurs qui feront tout le job : créatif, rédactionnel… contre une (toute) petite contrepartie (goodies, invitations…) voire un peu de cash : plus simple – encore que … – plus tendance, plus efficace … pour l’instant !

« Vae victis » – les victimes étant les acteurs historiques de cet écosystème : médias et journalistes puisque nos nouveaux influenceurs cumulent les trois fonctions : ils posent, ils écrivent (tournent) et publient sur la chaine qu’ils ont créé… avec le petit supplément d’âme et la personnalité propre qui leur ont permis de développer leur audience.

On dit souvent qu’aucun média n’a disparu avec l’arrivée d’un nouveau : la télévision n’a pas « tué » la radio, ni Internet la télévision… elles leur ont juste croqué du temps passé et de parts d’audience, donc des revenus publicitaires !

C’est plus compliqué pour les supports : il suffit de se souvenir du nombre de quotidiens et de magazines passés à la trappe ces dernières années.

Car il est difficile de lutter contre les chiffres d’audience vertigineux d’un YouTube.

 

Chaque jour, plus d’un milliard d’heures de vidéo sont visionnées sur YouTube (plus de 114 000 ans).

 

Pas étonnant donc qu’en 2016, le web ait supplanté la télévision en termes d’investissements publicitaires : on en parlait ici.

Mais le marché publicitaire n’étant pas extensible, il y a aussi nécessairement des gagnants et des perdants… comme pour les VTC.

Les perdants se situent bien évidemment parmi les influenceurs de la « longue traine » : car comme pour les blogueurs des années 2000, on distingue une poignée de Youtubeurs et autres Instagrameurs à très forte audience (plusieurs millions, même en France..) et qui gagnent plutôt bien leur vie – et une foultitude d’autres au lectorat plus confidentiel, qui sont soumis aux règles changeantes de monétisation  des plateformes, ou aux petites solutions de crowdfunding comme Tipeee.

Autres perdants à – tout petit – moyen terme : les stars elles-mêmes qui n’auront pas su effectuer leur reconversion. Car ces influenceurs ne sont pas que des relais : ils sont eux aussi des produits… avec toute la durée de vie de ces produits !

Les marques aussi ont beaucoup à y perdre : les lectrices de Vogue ou Elle savaient distinguer la publicité du rédactionnel – plus crédible puisqu’indépendant ; les abonnées à une Youtubeuse ou à une Instagrameuse se montreront plus critiques, la confusion des genres étant connue : les influenceurs les plus courus seront-ils encore  des témoins impartiaux ou des tiers de confiance ? A leur audience (sévère et volontiers critique) d’en juger.

Pour autant, l’alternative aux medias traditionnels que sont des plateformes sociales de streaming n’est pas près de refluer : car YouTube (et son propriétaire Google) font des envieux, et non des moindres : Amazon et Facebook avec Watch sont sur les rangs.

Oui, c’est encore une bataille entre GAFAs qu’il faudra suivre.

Progressive Web Apps : le futur du web mobile

Progressive Web Apps : le futur du web mobile

Les Progressive Web Apps sont-elles le nouveau standart d’un web devenu majoritairement mobile ?

C’est encore un peu tôt pour l’affirmer, mais  elles sont déjà une réponse à la bataille e l’engagement qui fait rage.

Résumons, avec l’édition 2017 de l’Année Internet publiée par Mediamétrie :

  • près de 70 % des visites de sites s’effectuent sur un terminal mobile.
  • le nombre de sites web consulté est 3 fois plus grand que le nombre d’applications utilisées
  • 53% des utilisateurs vont abandonner un site s’il met plus de 3 secondes à s’afficher.
  • les applications captent 87% de l’attention, et même jusqu’à 92 % chez les 15-24 ans.
  • mais les 10 applications les plus consultées appartiennent toutes aux GAFA
  • et les utilisateurs téléchargent moins d’applications sur leurs smartphones et passent moins de temps sur les 6 (oui, seulement…) qu’ils utilisent régulièrement

Et c’est préoccupant pour tous  : marques, agences… et même Gafas,  qui s’appuient sur un écosystème d’applications pour atteindre – et monétiser, merci pour eux – de larges audiences…

Pour changer la donne, voici les Progressive Web Apps … l’hybride parfait entre site web et application native, qui se posent d’emblée comme le futur du web !

Apple, Facebook et Google travaillent chacun sur leur format, mais c’est plutôt sur celui de Google que nous parions. A découvrir sur cette page 

Le meilleur des 2 mondes

Jusqu’à aujourd’hui, le web mobile se répartissait entre 2 types d’usage.

D’un côté,  les sites (responsive ou non) qui ne peuvent pas s’afficher hors connexion, mais qui fonctionnent quel que soit le navigateur ou le système d’exploitation utilisé.

De l’autre, les applis natives, conçues exclusivement pour le mobile, et en partie utilisables hors connexion mais nécessitant des développements spécifiques pour chaque système d’exploitation – sans oublier le risque de se faire jeter sans explication de l’App Store ou de l’Android Market (pardon, GooglePlay)

Les Progressive Web Apps font tomber cette barrière, en conjuguant les avantages des applis et des sites dans un seul et même développement : en desktop, le site s’affichera normalement, mais si on y accède via mobile, on accédera à sa version PWA.

Avec 6 avantages décisifs sur l’engagement :

  1. Impact : avec une UX améliorée, pour un  impact et un engagement  renforcés
  2. Rapidité : un affichage et une réactivité accélérés, limitant  l‘abandon
  3. Notifications push : pour les  alertes et les relances
  4. Mémorisation, grâce à l’installation d’une icône sur l’écran  du smartphone
  5. SEO : un référencement  amélioré, Google oblige
  6. Publication sur les stores possible sur  AppStore &  Android  Market, comme pour une “vraie” application.

De là à prédire la fin prochaine des applications natives, chères à développer et peu visibles sur des stores devenues obèses, il n’y a qu’un pas.

Les Progressive Web Apps conduisent nécessairement à repenser ses sites web puisque désormais la frontière devient encore plus ténue entre les mondes desktop et mobile – encore plus qu’avec le « simple » responsive… trop,peu encore adopté dans nos contrées !

L’idée de se passer des applis n’est pas nouvelle : il y a quelques années, Mozilla lançait Firefox OS, un système d’exploitation mobile libre dont une des caractéristiques était de préférer les applications web développées au format HTML5 au système dominant des applis.

Et le pari des partisans du logiciel libre semble se concrétiser aujourd’hui : celui d’un web plus ouvert – en partie affranchi de deux GAFAs – et enfin réconcilié entre fixe et mobile.

Un exemple ?

Chez Nexize, on développe en responsive depuis l’origine. Rien d’étonnant donc à ce que l’on ait aussi été parmi les premiers à developper en PWA.

Si vous souhaitez vous faire une idée de ce que ça donne, vous pouvez visiter une des dernières campagnes que nous avons réalisées pour Médecins du Monde.

Visitez ce lien sur votre ordinateur puis sur votre mobile (ou inversement 😉 et appréciez l’expérience. Et si le coeur vous en dit, n’hésitez pas à faire un don à cette très belle ONG.

Et si vous souhaitez en savoir plus sur les Progressive Web Apps, vous connaissez le chemin.

 

Google Ad Grants : ce qui change en 2018

Google Ad Grants : ce qui change en 2018

Chez Nexize, nous aimons travailler avec les ONGs et les associations  pour faire du web un moteur de générosité… et sans surprise, nous sommes experts en Google Ad Grants.

Depuis 2 ans, Google a apporté beaucoup de changements sur la gestion de ses Adwords… et leurs petites soeurs Ad Grants ne sont dorénavant plus épargnées.  Etat des lieux :

Au fait, c’est quoi les Google Ad Grants ?

Google Ad Grants est un programme similaire à Google Adwords mais destiné spécifiquement aux associations à but non lucratif, avec à la clef un crédit d’achat média pouvant aller jusqu’à 10 000$ par mois… de quoi faire rêver quelques e-commercants !

Google Ad Grants est disponible dans plus de 50 pays et concerne tous les organismes à but non lucratif sous réserve d’éligibilité.

Google Ad Grants existe depuis 2003. Pourtant,  le programme est encore mal utilisé, principalement parce que les associations manquent de temps ou de compétences internes pour en tirer le maximum.

Aujourd’hui, plus de 35 000 associations profitent du programme proposé par Google

Revue des changements :

  • Un plafond d’enchère à 2$ supprimé

Une des évolutions les plus importantes est liée au plafond de 2$ qui avait été fixé pour les enchères sur les mots-clés. Souvent dénoncée, cette limitation était très pénalisante dans le sens où les prix n’ont pas cessé d’augmenter ces dernières années, créant ainsi une impossibilité pour les associations de se positionner sur leurs mots-clés principaux.

  • Un taux de clic supérieur à 5%

Google impose maintenant aux associations de présenter un taux de clic supérieur à 5% sur leurs campagnes. Cette nouvelle condition est d’autant plus importante que si une organisation présente un taux moyen inférieur à ces 5% sur 2 mois consécutifs, elle verra son compte suspendu temporairement. Autant dire que le danger est réel pour de nombreuses associations profitant aujourd’hui de ce système avantageux, sans pour autant avoir le temps ou les moyens de faire progresser la qualité de leur référencement.Une nouvelle politique dans le choix des mots clés

Le 1er janvier marque aussi des changements dans la manière dont sont organisées les campagnes. Tout d’abord, les mots-clés sélectionnés dans les campagnes Ad Grants doivent présenter un score de qualité de 3 ou plus. Les associations seront donc contraintes de trouver des expressions plus qualitatives que les mots-clés très génériques et peu ciblés. Notons que les mots-clés uniques sont à présent interdits, de même que les mots-clés liés à des marques déposées ou ceux appartenant à des organismes concurrents… Fini, le brand squatting, et on ne s’en plaindra pas.

  • Des campagnes plus travaillées

Un autre changement concerne les campagnes Ad Grants qui doivent maintenant être organisées en au moins 2 groupes avec un minimum de deux publicités en cours de publication. Les campagnes doivent aussi proposer deux liens vers des sites web actifs pour prétendre au programme Ad Grants.

Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?

En théorie, les changements apportés en ce début d’année ne sont pas forcément des mauvaises nouvelles pour les associations : ils visent à améliorer la qualité générale des campagnes pour gagner en efficacité et en résultats.

Mais ils sont révélateurs de la façon dont Google gère la pénurie relative de ses espaces publicitaires, et la défense de ses parts de marché notamment vis-à-vis des Social Ads et de Facebook notamment (qui ont en 2016 fait les 2/3 de la croissance des investissements online : on en parlait  dans cet article).

Car oui, la guerre féroce que se mènent les Gafas pour la maitrise des parts de marché pub n’est pas sans impact pour nous autres annonceurs et agences…

Des bonnes pratiques sont à réinventer, autour d’une synergie renforcée entre le SEO et le SEA, de segmentations plus  pointues, d’un remarketing dynamisé et d’une maitrise poussée du ROI.

Si vous souhaitez en discuter, c’est par là.

Statistiques & futur du travail

Statistiques & futur du travail

On ne se méfiera jamais assez des chiffres, même lorsqu’ils proviennent d’instituts publics très sérieux comme l’Insee ou qu’ils sont publiés par des organismes tout aussi conséquents que l’Ocde.

Les Français sont des fainéants – du moins à en croire la rumeur publique : pourtant selon justement l’Ocde, un Français disposant d’un emploi travaille 1472 heures par an contre 1713 pour un Japonais … mais seulement 1363 pour un Allemand. Les plus besogneux sont les … Mexicains, avec 2252 heures annuelles !

Travailler moins garantit-il un taux d’emploi élevé : c’est vrai que celui-ci s’élève à 75,1% outre-Rhin – toujours selon l’Ocde – contre 64,6% en France … mais 75,5% au Japon : pas vraiment de recettes miracles !

L’Islande se classe parmi les très bons élèves en terme de taux d’emploi mais est aussi un des pays où on travaille le plus 1883 heures par an ; c’est aussi celui où le niveau d’études supérieures est le plus élevé (93% des 25-64 ans), assez loin devant la France (85%) et les Etats Unis (81,6%) : une telle avalanche de chiffres donne le tournis.

On pourrait aussi se pencher sur le taux d’emplois temporaires : 7,2% au Japon, 13,1% en Allemagne, 16,2% en France et 26,1% en Espagne.

Tous ces chiffres font le bonheur des … politiques qui en tirent toutes sortes de leçons pour expliquer la pertinence de leurs programmes et la stupidité de ceux de leurs adversaires ; et des journalistes, qui y vont de leurs commentaires et de leurs recettes miracles.

Or les leçons issues de l’étranger apparaissent difficiles à importer parce que justement elles proviennent … de l’étranger : la culture française ne ressemble pas plus à la japonaise qu’à l’américaine, voire même à … l’allemande, dont nous sommes pourtant géographiquement si proches. Quelques exemples …

Quand on prend le métro ou le train au Japon, on est frappé de la multitude d’employés qui se pressent pour nettoyer les rames, retourner les sièges dans les wagons, juste regarder que tout se passe bien aux barrières automatiques – d’où le taux d’emplois très élevé … qui n’a pas préservé la pays de la récession non plus !

En Corée, lors de la grande crise de 1997, alors que l’activité était au plus bas, non seulement les entreprises ne licenciaient pas à tour de bras, mais les salariés se rendaient tous les matins à l’heure à leur bureau où ils n’avaient pourtant rien à faire ; chez nous ils seraient descendus dans la rue pour dénoncer d’inévitables licenciements massifs …

Regarder ce qui se passe ailleurs n’est pas plus utile que d’essayer de corriger les « erreurs » du passé : cela permet de beaux discours, de belles promesses, mais mieux vaudrait-il comprendre, non pas pourquoi ça s’est passé comme ça hier, mais comment ça risque de se passer demain.

Regarder les aspirations des plus jeunes, leurs comportements ; arrêter de se dire que ceux qui arrivent sur le marché du travail présentent des comportements bizarres mais se demander comment mieux les intégrer ?

Construire le futur ne passe pas par une analyse approfondie de chiffres du passé – et dépassés – mais par la compréhension de ceux qui vont le construire, ce futur : de leurs modes de vie, de leurs aspirations, sans éternellement se référer à des normes obsolètes.

Hacker pour doubler le nombre de prospects

Hacker pour doubler le nombre de prospects

Frédéric Canevet  vient de publier : Le Growth Hacking, sous-titré : 8 semaines pour doubler le nombre de vos prospects. Rencontre avec l’auteur.

Nexize : Tu viens de publier un nouveau livre sur le Growth Hacking … or, il y a quasiment de définitions du Growth Hacking que de Growth Hackers : c’est quoi, la tienne ?

Frédéric Canevet : Tu as tout à fait raison : le Growth Hacking est plus un « concept » protéiforme que chacun adapte à sa sauce selon ses compétences.

Pour certains c’est « être plus malin que les autres » et détourner le système (quitte à faire des actions à la limité de la légalité), pour d’autres c’est automatiser les process…

Pour moi, la définition du Growth Hacking, c’est « l’efficacité maximale », c’est dire « Une méthode et des astuces pour croître plus rapidement, sans avoir de gros moyens, avec une culture orientée ROI et résultats rapides… quitte à oser remettre en cause les règles établies »

Il faut distinguer 2 éléments dans le Growth Hacking :

  • Growth = La méthode pour assurer une croissance à court et moyen terme, en optimisant ses ressources grâce au tunnel AARRR et à une rationnalisant ses choix. Le tunnel AARRR permet de modéliser le tunnel des ventes, avec les différentes phases de la vie d’un client.

  • Hacking = Les astuces et les outils pour croître plus vite que les autres, sachant que l’on peut automatiser, sous-traiter, remettre en cause les règles établies …

Souvent, les marketers débutants voient surtout la partie « hacking », car c’est celle qui fait rêver : utiliser des astuces pour « doper » sa croissance.

Mais sans structure, on fait des « coups » et on ne va pas assurer la croissance de son entreprise sur le long terme.

C’est pourquoi je distingue 3 types de Growth Hackers :

  • Le White Growth Hacker, comme Dick Fosbury qui ose remettre en cause les règles d’un marché.

  • Le Gray Growth Hacker, comme Greg Lemon, qui prend des risques et qui agit de manière rationnelle.

  • Le Black Hat Growth Hacker, comme Lance Amstrong, qui est hors la Loi, avec comme idée « Pas vu, pas pris », et qui mise tout sur le court terme.

Nexize : Le Growth Hacking, ce n’est pas un effet de mode lié à l’engouement des marketers pour les startups ?

Frédéric Canevet : Oui … et non !

Certaines startups ayant eu un succès fulgurant grâce à certaines techniques, qu’il est devenu « indispensable » pour toute startups d’avoir son « growth hacker ». Le Growth Hacker peut d’une part structurer les actions à mettre en place dans un environnement contrait (en temps, en argent…), et d’autre part lancer des actions pour amorcer la visibilité de l’entreprise, avant de mettre en place l’arsenal marketing classique.

Dans certains programmes de formation (ex : The Family), c’est d’ailleurs devenu une étape obligée.

En même temps, grâce à la mondialisation des marchés et des outils (ex : Facebook, Linkedin …), les outils de Growth Hacking sont devenus accessibles à tous.

Comme le Growth Hacking fait peur aux grandes entreprises, et fait rêver les petites, c’est devenu un peu la « formule magique » pour faire décoller un business.

Dans les grandes entreprises, c’est compliqué à mettre en œuvre car il y a une image à soigner, une peur du risque … en revanche dans les startups, comme c’est la « croissance ou la mort », le Growth Hacking reste indispensable.

Cependant, à moyen ou long terme, le Growth Hacking arrive à ses limites pour 3 raisons :

  • Les techniques de « Hacking » perdent de l’utilité dès que tout le monde les appliquent. Il y a donc toujours une course en avant.
  • Le « hacking » est de plus en plus encadré, en particulier avec le règlement RGPD sur la protection des données privées.
  • Les sites et plateformes se protègent de plus de en plus des hackers « amateurs », par exemple Linkedin, Twitter… qui cherchent à interdire l’utilisation des outils de Growth Hacking sur leurs plateformes.

Nexize : Le livre commence par parler « persona », une autre façon de parler des cibles, puis « USP » : cibles et USP, c’est du très très vieux marketing …

Frédéric Canevet : En effet le livre commence avec les « classiques » du marketing, car le livre débute par le « market fit », c’est-à-dire la validation de l’offre au marché.

On aura beau utiliser toutes les techniques de Growth Hacking, si le produit n’est pas adapté au marché, alors on va à l’échec.

Il faut donc partir de la « base », avec les techniques classiques de validation de son offre, avec par exemple « design  thinking», qui est la cocréation :

D’ailleurs, l’exemple du concept « design thinking », montre aussi que toutes ces techniques (dont le Growth Hacking), ne sont que du remarketing de techniques marketing anciennes.

On remet à la mode des concepts en leur donnant un nouveau nom !

Pour revenir au livre, les 8 semaines (= 8 chapitres) ont été conçus pour accompagner une entreprise de l’idée du produit à sa commercialisation. C’est pour cela qu’il y a des chapitres consacrés aux personas, à l’USP…

Cependant, pour eux qui ont déjà une activité (en ligne ou dans la vie de tous les jours), j’ai réalisé 4h de formation vidéo pour apprendre justement à optimiser le tunnel AARRR, en partant d’un audit, puis en sélectionnant les bonnes idées via la méthode ICE (c’est-à-dire choisir les idées en fonction de leur Impact (en termes de CA ou d’image) / Coût (tout compris, pas que l’achat) / Effort (à la fois l’envie et les problèmes techniques)

La démarche de Growth Hacking est alors la suivante :

Et ensuite on priorise ses idées en notant chaque option avec une note de 1 à 10 :


Nexize : Vous vous proposez de doubler le nombre des prospects … mais quid des ventes ?

Frédéric Canevet : Pour le livre, nous devions avoir un titre clair, et « Le Growth Hacking » était ce qui était le plus adapté.

Mais c’est vrai que la « promesse » (ou le slogan) devait donner envie aux acheteurs, en étant totalement compréhensible par tous (car les termes anglais, et encore plus le Growth Hacking, ne sont pas encore passés dans le grand public).

Restait à trouver une promesse à la fois sexy, et réaliste.

C’était une des interrogations lors de la création du livre : doit on parler de doubler les ventes ou doubler les prospects …

Le premier réflexe était de parler de prospects, car cela permet d’avoir une promesse intéressante, mais pas assez crédible à mon goût …

J’ai validé cette idée (comme le préconise le Growth Hacking !), via 100 € dépenses en publicité Facebook Ads sur une cible de Web Marketeurs.

J’ai ainsi validé de manière rationnelle le nom du livre, ce qui permet d’être sûr du meilleur nom pour une offre.

Nexize : Le 1er exemple de Growth Hacking, c’est Airbnb qui détourne les clients de Craigslist : c’est parfois un peu border line, le Growth Hacking …

Frédéric Canevet : Tout à fait, c’est le problème du Growth Hacking : trop de personnes l’associent à des techniques illégales (le hacking, c’est-à-dire détourner le système), et non pas à la mise en place d’un processus rationnel pour assurer la croissance de son entreprise (le Growth).

Et donc, la première étape pour la plupart des nouveaux fans du Growth Hacking, c’est d’automatiser des process, de spammer, de casser les codes …

C’est aussi une quasi obligation pour une startup qui n’a pas beaucoup de moyens : elle doit trouver vite ses premiers clients, ou mourir. Il faut donc faire différemment de tout se qui se fait actuellement.

La solution de facilité étant d’aller capter du trafic là où il est, c’est-à-dire sur les carrefours d’audience, ou d’aller séduire les clients des leaders sur marché qui se sont endormis sur leurs lauriers, ou embourbés dans de lourds process.

Mais rapidement, on arrivera à des limites si on ne mesure pas les résultats de ses actions. C’est pourquoi la mise en place du tunnel AARRR (et des autres tunnels de conversion) devient indispensable.

Un fois l’amorçage du business réalisé, les entreprises doivent alors mettre en place les techniques marketing classiques, et travailler leur branding, faire de la publicité payante, faire du content marketing … afin d’élargir leur audience.

C’est par exemple le cas d’Air BnB qui utilise les outils marketing corporate (affichage dans le métro, publicité…), tout en gardant l’esprit « growth hacking » en osant casser les codes et surtout mesurer tout.