Les médias des deux côtés de l’Atlantique ont énormément commenté l’intervention des hackers russes dans la campagne présidentielle américaine – de là, à considérer Poutine comme grand responsable de l’élection de Trump à la Maison Blanche, il n’y a qu’un pas … Et nul doute que d’aucuns voient l’œil de Moscou planer sur la campagne française !

Plus prosaïquement, on peut se poser la question des influenceurs « occultes » tant dans le domaine de l’opinion – peut-on plus ou moins endoctriner les citoyens / électeurs sans qu’ils ne se rendent compte ? – que le vaste champ de la communication commerciale – et c’est reparti pour la « persuasion clandestine ».

Au début des années 50, Asch montrait dans une expérience célèbre que les membres d’un même groupe se rallient naturellement à une opinion majoritaire, même si elle est manifestement fausse, voire absurde.

Une étude plus récente, réalisée par l’institut MediaMento pendant la campagne présidentielle de 2012, montraient que 25% des interviewés exposés aux résultats d’un sondage totalement fictif, changeaient d’intentions de vote.

On le voit clairement, pas besoin de rumeurs ou de mensonges pour déclencher des changements d’opinion : suffit de simplement de diffuser des messages simples et convergents – et si possible en grand nombre.

Récemment, Juan Echeverría et Shi Zhou, deux chercheurs en cybersécurité, ont découvert un gigantesque botnet (= réseau de robots connectés entre eux) de … 350 000 comptes Twitter automatisés : juste impressionnant !

Ce réseau ne semblait guère malveillant puisque les robots twittaient sur … Star Wars : on aurait pu croire que les citoyens de la Galaxie s’étaient soudain mis à échanger sur le site de microblogging, nous plongeant soudain dans l’hyperespace.

Rien de malfaisant donc … si ce n’est pas juste un test, car longtemps le botnet a trompé son monde car « conçu de sorte à contourner délibérément les méthodes heuristiques permettant habituellement de détecter les robots sur les réseaux sociaux », avertissent les deux chercheurs.

Jusqu’à présent, les pratiques falsificatrices du Web social demeuraient artisanale : des armées de petites mains payées pas très cher dans des pays exotiques pour créer de faux profils Twitter que l’on revendait avec plein de faux followers à des annonceurs naïfs ; depuis les bots ont permis d’économiser de pauvres salaires …

Ce qui se profile à l’horizon semble d’une tout autre dimension : on rentre dans la manipulation à l’échelle industrielle ! Bien difficile de savoir ce qui se passe réellement : on n’en est plus au « bon vieux temps » où Fred & Farid bidouillaient de faux profils Facebook pour faire exploser le nombre de likes sur la page de leur client Orangina et se faisaient prendre la main dans le sac par le blogueur Coupsdepub ; on a désormais affaire à des hackers chevronnés.

Conséquence : comme on avait tendance à voir la main de Moscou dans tous les coups tordus de la Guerre Froide, la suspicion va s’installer durablement : on va soupçonner des tas de puissances plus ou moins occultes – et plus ou moins fantaisistes – d’être à la barre derrière une multitudes de rumeurs …

Evidemment dans un contexte électoral un peu tendu, ça risque de faire des dégâts : peut-être un peu tôt pour la Présidentielle française, manifestement les réseaux de bots sont encore en phase de test … On en restera donc aux pirates russes, comme pour la Maison Blanche.

Pour la suite … on verra ?

Quoi qu’il en soit, dégâts en vue … et à tous niveaux : politique, sociétale, bien sûr, mais les marques vont aussi souffrir : pourquoi se priver de belles campagnes de dénigrement via des robots invisibles ; et bien sûr, de rumeurs comme quoi certains industriels, etc.

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