Des technologies contre la générosité

Des technologies contre la générosité

Il y a deux mois, la fondation Abbé Pierre a lancé un site Soyons Humains et un hashtag : #SoyonsHumains pour inciter les internautes à dénoncer les aménagements urbains « anti-SDF» – ces douches automatiques, picots et autres plans inclinés pour les empêcher de se reposer sur la voie publique.

Les américains sont plus « efficaces » – merci évidemment de ne pas prendre l’expression au 1er degré : ils ont inventé … K9, le robot anti-SDF !

Plutôt sympa, avec sa forme oblongue et ses photos de chiens ou de

chats ; mais ne vous y trompez pas : K9 se révèle un horrible prédateur ! Et ça marche, hélas : le nombre de SDF a sensiblement diminué là il est entré en action, à Mission District, un quartier populaire de San Francisco en passe de gentrification.

C’est une association de défense des animaux qui a lancé l’opération : « Nous ne sommes pas du tout en mesure d’utiliser les trottoirs quand il y a des aiguilles, des tentes ou des vélos », se justifie sa présidente ; comprenez : nos animaux ont plus de valeurs que les SDF !

Des sans-abris, San Francisco en compte des milliers, rançon de la richesse liées aux nouvelles technologies – la Silicon Valley n’est pas loin ; les nouveaux millionnaires s’y sont installés et les prix de l’immobilier flambent : et résultat, de nombreux « homeless » ont un job … mais pas les moyens de payer un loyer !

Le storytelling jouant à fond, on vous explique l’histoire de ces 3 étudiants américains en quête d’argent pour payer un loyer brutalement augmenté par un propriétaire peu généreux et qui ont eu l’idée de louer une partie de leur appartements à des gens de passage … et de fil en aiguille, est né Airbnb.

Le storytelling vous parle moins d’Uber et de ses relations détestables avec ses chauffeurs – que Travis Kalanick, son fondateur, méprisait copieusement …

Sans même évoquer Trump, le rêve américain n’existe que pour certains : ceux qui manient avec succès les nouvelles technologies, et réalisent de magnifiques robots destinés … à chasser de leurs trottoirs ceux n’ont pas réussi dans le High Tech.

Des robots pas vraiment humains

Des robots pas vraiment humains

Il y a les robots de compagnie, aux formes humanoïdes, qui suscitent une certaine empathie comme l’incontournable Pepper ou Sophia, au physique inspiré d’Audrey Hepburn et à qui l’Arabie Saoudite vient d’accorder la nationalité – si, vous avez bien lu : l’Arabie Saoudite lui a accordé la nationalité, sans même l’obliger à porter le voile !

Et puis, il y a les robots invisibles, cachés dans de petits boitiers ou au creux de nos Smartphones, un peu comme le génie d’Aladin au fin de sa lampe : la liste commence sérieusement à s’allonger, de Google Home à Amazon Echo, en passant par Apple Homepod.

En d’autres termes, le robot intelligent de demain, c’est presque un être humain ou juste un pur esprit : on est loin des premiers robots de l’ère industrielle, postés le long des chaines des constructeurs automobiles.

Désolé de vous décevoir, mais quand on regarde les robots à inventaire déployés par Walmart dans ses magasins américains, rien de sexy : juste des espèces de caisses qui ressemblent à de grosses poubelles à papier de bureau !

On se sent soudain bien loin des univers de science fiction comme celui Asimov, et même du gentil R2-D2 de Star Wars : ici seule compte l’efficacité et le coût : plus simple de développer une caisse à savon sur roulettes qu’un super mannequin !

Car le but ici, c’est bien de gagner des sous : « Les robots sont 50% plus productifs que leurs homologues humains », déclarait récemment le directeur technique du distributeur à Reuters : des rayons plus rapidement réapprovisionnés, c’est des ventes en plus.

Nos magasins et bientôt nos rues vont se peupler de boites roulantes ou volantes qui effectueront toutes les tâches basiques jusque-là réservées à des humains sans grande compétence : imaginez les Champs Elysées demain, avec ses boutiques de luxe ainsi réapprovisionnées en flux tendu : glamour ?

Deux remarques.

Tout d’abord, force est de constater, sinon un effet de mode, du moins un effet d’entrainement : il y a eu la course à la délocalisation de services supports – Ah ! la comptabilité en Pologne ou en Roumanie – sans nécessairement de réelles économies à la clef ; aujourd’hui, c’est la course à la robotisation.

On supprime des emplois … juste pour supprimer des emplois.

Ensuite, les salariés mal payés de Walmart, mais aussi de tous les distributeurs américains, mais aussi de pas mal d’autres sociétés – ceux qui sont 50% moins productifs que les robots – pas sûr qu’ils retrouvent un jour un job : indépendamment du désastre social, l’équation qui pointe son nez, c’est : plus de robots = moins de consommation … donc moins de CA pour Walmart !

Jadis Ford augmentait ses ouvriers pour le transformer en clients : aujourd’hui, c’est le chemin inverse qui semble le plus suivi.

AI : aux frontières du mythe … ou au-delà ?

AI : aux frontières du mythe … ou au-delà ?

Depuis qu’AlphaGo Zéro a réussi à battre … AlphaGo – voir ici –, d’aucuns estiment que nous ne sommes pas loin d’atteindre la Singularité – voire que nous sommes en train de passer le cap !

Rien de moins … Toutefois, pour la Singularité comme pour bien des notions futuristes, chacun y va de son acception et de son interprétation : grosso modo, elle adviendra le jour où une intelligence non humaine sera capable de mettre au point une autre intelligence non humaine qui lui sera supérieure.

Avec AlphaGo Zéro, nous n’en sommes pas encore là, même si cette AI a réussi à battre une autre AI – AlphaGo en l’occurrence –, qui elle-même avait réussi à battre le champion du monde – humain – de Go, Lee Sedol.

Mais AlphaGo Zéro, même si elle appris à jouer au Go toute seule et a pulvérisé ensuite son aînée AlphaGo , n’en est pas sa fille: à la base d’AlphaGo Zéro, il y a encore … des hommes !

AI et robots intégrant des AI restent aujourd’hui encore des machines incapables d’une réelle autonomie, et notamment de se reproduire – en mieux, ou même en juste aussi bien : on est encore loin de la Singularité.

Ça, c’est pour le côté technologique ; mais il y a aussi le côté mystique …

Et là, les Japonais ont franchi le pas.

Comme le raconte Libération, à Isumi – sur le côte à une centaine de kilomètres de Tokyo – les prêtres du temple Kofukuji procèdent très naturellement à l’enterrement de robots de compagnie, devant les « familles » en recueillement – entendez par là, les humains qui les ont achetés ou à qui on les a offerts.

Les défunts sont essentiellement des Aibos, ces chiens robots de compagnie développés et commercialisés par Sony, de 1999 à 2007 ; des robots dont la firme japonaise arrêtera la maintenance en 2014 … un peu un hôpital qui laisserait mourir les malades âgés plutôt que de les soigner.

A l’heure où le transhumanisme cherche par tous les moyens à prolonger notre existence, en remplaçant pièce après pièce – aujourd’hui de l’implant dentaire à la prothèse de hanche, et demain … cœur, reins, etc. – les robots se voient refuser cette chance : ce ne sont après tout, que des bouts de ferraille pleins de circuits intégrés.

Du moins, pour leurs fabricants ; pour leurs propriétaires – mais doit-on les nommer ainsi – ce sont des êtres (presque) humains, avec (presque) une âme, à qui on doit le respect après la mort – comme l’enseignent les religions au Japon.

A une époque – très proche – où l’homme se réparera comme une simple machine, peut-être, certaines croyances, certaines religions accorderont-elles une âme aux machines supérieures – AI et autres robots.

L’épineuse question des rapports de l’homme à la machine ne fait que commencer à se poser : qu’en sera-t-il quand cette dernière sera supérieure à celui-ci ?

La force de la Gravity

La force de la Gravity

Début Septembre verra le lancement de la version bêta de Gravity : rien à voir avec le film de science fiction de Alfonso Cuarón sorti en 2013 … même si on baigne dans un monde un peu surréaliste de chiffres : 10 milliards de données collectées par mois, excusez du peu !

L’idée, c’est d’offrir une alternative crédible à Google et Facebook en matière de d’achat d’espace publicitaire programmatique : pour les non spécialistes, il s’agit de systèmes automatisés d’achat d’espaces où la machine s’occupe de tout.

Ça fonctionne bien pour les géants du Net parce que justement … ce sont des géants : l’achat programmatique nécessite une taille critique, d’où l’idée pour les Lagardère, Condé Nast, NextRadio et autres Prisma, de regrouper leurs forces pour proposer une offre permettant de toucher la ½ de la population française.

Reste la compatibilité – comme pour Google et Facebook d’ailleurs – avec les Règlements européens actuels et en gestation, les éditeurs effectuant aujourd’hui un lobbying à l’encontre des projets de Bruxelles …

Nous ne reviendrons pas sur les critiques « techniques » de ces systèmes – elles sont nombreuses, ce qui n’empêche pas que tout retour en arrière semble guère possible ; nous nous interrogerons plutôt sur la quantité des données traitées et sur la connaissance du client … ou plutôt la non-connaissance du client qui en résulte.

Une étude américaine soulignait en 2014 que « Programmatic video ads had 73 percent more bots » que les autres : 10 milliards de données pour ne pas vraiment savoir si on parle à des gens ou à des robots.

Lors de la mise en œuvre des premiers logiciels de médiaplanning dans les années 80, le débat se situait entre : « je délivre plein de contacts pas chers » et : « je délivre harmonieusement mes contacts pour ne pas toucher toujours les mêmes prospects » ; entre les tenants du GRP et de la puissance brute contre les tenants des distributions de contacts et d’un médiaplanning qualitatif, donc.

Seul pays européen où la question ne se posait pas : le Royaume Uni qui pratiquait un système de vente de l’espace publicitaire aux enchères et où on achetait les contacts au poids sans se soucier de leur adéquation à la stratégie médias.

Pour en revenir à la publicité sur le Web, avec des outils comme Gravity, on s’apprête très certainement à bombarder de plus en plus souvent et violemment les cibles les plus aisées à atteindre, sans trop se soucier de la manière dont on va y arriver.

Ce qui ne vas améliorer l’impression actuelle de harcèlement ressentie par les internautes déjà liée à un usage immodéré du retargeting : heureusement, la programmatique vise de plus en plus les robots, ce qui nous laisse un peu de répit, à nous les humains.

A quelques jours de la Présidentielle …

A quelques jours de la Présidentielle, force est de reconnaître que les principaux candidats ont du mal à comprendre les évolutions sociétales en cours : chacun y a va de sa petite solution, plus ou moins adaptée à une France du … 20ème siècle, pas du 21ème siècle !

Faut dire à leur décharge qu’ils ne sont pas les seuls : les économistes pour la plupart, les médias dans leur majorité, sans parler des philosophes et autres sociologues sont en retard d’une à deux révolutions, pour ne pas être trop dur à leur égard.

Pourtant c’était bien parti : en 2007, les candidats d’alors abordent le collaboratif avec enthousiasme – notamment avec Désirs d’avenir, le site lancé par Ségolène Royal en 2006 – et les médias sociaux en créant leurs iles sur … Second Life : là, ils succombent aux effets de mode et s’engouffrent dans une impasse.

Depuis, poussés par la révolte des chauffeurs de taxis face à Uber, ils se penchent sur la consommation collaborative, oubliant au passage qu’une bonne part de cette nouveau économie participe plus du solidaire non lucratif que d’un libéralisme débridé.

Avec le Web social, les citoyens sont devenus producteurs de contenus ; avec l’économie circulaire, ils se sont mués en producteurs de services ; avec les imprimantes 3D, ils vont devenir producteurs de biens : fini le cauchemar du dernier kilomètre, on vous envoie un petit bout de logiciel, vous le chargez sur votre imprimante, simple comme tout.

Passons sur le big data, et les citoyens qui demandent qu’on leur protège leur intimité ; mais le véritable enjeu en termes de sécurité pour les 50 ans à venir va se situer au niveau des objets connectés : aujourd’hui, les hackers réussissent encore à pénétrer dans le PC de monsieur « Tout le monde », malgré ses antivirus et autres pare-feux ; mais demain, il sera si aisé de se ruer à l’assaut des serveurs centraux via des montres, les volets, des voitures connectées – on a déjà constaté des attaques de ce type.

Difficile de légiférer aussi vite que notre monde bouge !

Sans oublier le tonneau des Danaïdes des retraites : on fait quoi avec le transhumanisme cher à Kurzweil et à … Google, car il faut pas oublier le cofondateur de la Singularity University, avec pour partenaire la Nasa !

Sans oublier l’intelligence artificielle et la robotique qui devrait supprimer 1 poste sur 2 dans les 20 ans à venir : certes de nouveaux métiers devraient apparaître, mais le solde devrait rester négatif … et il faudra reparler chômage après les retraites – ou avant ? « Il faudra taxer les robots » : comme ce n’est pas un communiste qui s’exprime ainsi, mais Bill Gates, on peut se demander si, toutes idéologies mises à part, ce n’est pas inéluctable.

Hier encore, Isaac Asimov était considéré comme un des auteurs de science-fiction parmi les plus visionnaires : demain, ses lois risquent de s’imposer à nous.

En 20 ans, notre monde a connu plus de révolutions qu’au cours de tout le 20ème siècle, pourtant bien secoué ; mais ne prenons surtout pas le temps de souffler, les chocs les plus violents restent à venir.

Et l’on aurait certainement bien besoin de politiques – mais aussi d’économistes, journalistes, sociologues, etc. – pour nous aider à les affronter.