GAFA : le poids de la dépendance

GAFA : le poids de la dépendance

GAFA, encore et toujours…

Le 28 était le dernier jour du mois de février, et si vous êtes passés à côté, c’était aussi la « Fête à Facebook » … précisément  la « Journée mondiale sans Facebook ».

24 heures coupé de son réseau social favori, est-ce bien raisonnable ? Déjà fin 2017, Chamath Palihapitiya, ancien VP du groupe, reconnaissait interdire à ses enfants d’utiliser Facebook tout en déclarant incidemment : « Je pense que nous avons créé des outils qui déchirent le tissu social », et en recommandant de faire « une pause » dans notre usage des médias sociaux.

Mais selon la dernière livraison de l’Année Internet 2017 par  Médiamétrie  les Français de les 15-24 ans n’en ont cure, des recommanadations de ce cher Chamath : ils passent en moyenne chaque jour  1 heure 38 sur le net contre 1 heure 26 pour la télévision…

Et comme le souligne l’institut dans son Année Internet 2017, sur cette heure 38, « 44% sont dédiés aux plateformes sociales » : pas fini de croiser au restaurant ces jeunes couples d’amoureux qui au lieu de se regarder tendrement, consultent leur timeline sans trop lever les yeux de leur Smartphone !

Il y a des seniors se souviendront avec nostalgie de ces années – en fait la fin du précédent millénaire – où les médias – enfin, presse et radio – se gaussaient de ces Français incapables de se parler pendant le diner, préférant suivre le JT vespéral à discuter en famille… D’une addiction à l’autre, rien de si nouveau sous le soleil.

Mais un chiffre de l’étude Médiamétrie frappe : 36% du temps passé online se fait sur les applications des GAFAs (oui, chez Nexize on dit toujours GAFA plutôt que GAFAM… tant pis pour Microsoft, il fallait mieux s’occuper du web et du mobile :))

Alors, les vieux fantasmes refleurissent  :

  • a-t-on créé une nouvelle génération d’addicts incapables de la moindre relation sociale IRL et ne vivant qu’à travers leur écran ? Où voit-on simplement le développement de nouveaux usages qui – comme toujours – véhiculent le meilleur comme le pire ?
  • l’hégémonie de Facebook vit-elle ses derniers jours ? Oui, le temps passé baisse, mais avec 2,13 milliards de membres, et un bond de +47%  du CA en 2017,  il reste un peu de marge.. Et pas tant de place pour les alternatives : le récent feu de paille autour de Vero n’en est qu’une énième illustration,
  • Peut-on contrer les frères ennemis Facebook/ Google ? Les initiatives antitrust sont nombreuses,  plus en tout cas que les offres alternatives développées dans nos contrées (on en parlait – pas très gentiment – dans cet article).

Bref…  On réalise – un peu tard – que la bataille du web a déjà été gagnée, et pour longtemps, par des GAFA tous américains.

Ils n’avaient pas grand-monde en face d’eux, cela dit. L’Europe et la France qui n’ont pas su prendre le train de l”innovation à la fin des années 1990 en mesurent maintenant le prix à payer  : des audiences captives, donc des marques contraintes d’investir sur des plateformes étrangères au détriment des medias bien de chez nous,  des citoyens majoritairement  peu émus du sort de leurs données personnelles, des états qui s ‘arrachent les cheveux pour limiter la casse, d’abord fiscale…

Mais on ne refait pas l’histoire … Plutôt que garder l’oeil rivé au rétroviseur, mieux vaudrait se préparer sérieusement pour la prochaine bataille qui a déjà commencé et qui bouleversera encore plus profondément nos sociétés  : celle de l’IA, qui ne restera pas longtemps au stade de gadget pour les citoyens….

On ne refait pas l’histoire, mais on peut essayer de ne pas la répéter…

A quelques jours de la Présidentielle …

A quelques jours de la Présidentielle, force est de reconnaître que les principaux candidats ont du mal à comprendre les évolutions sociétales en cours : chacun y a va de sa petite solution, plus ou moins adaptée à une France du … 20ème siècle, pas du 21ème siècle !

Faut dire à leur décharge qu’ils ne sont pas les seuls : les économistes pour la plupart, les médias dans leur majorité, sans parler des philosophes et autres sociologues sont en retard d’une à deux révolutions, pour ne pas être trop dur à leur égard.

Pourtant c’était bien parti : en 2007, les candidats d’alors abordent le collaboratif avec enthousiasme – notamment avec Désirs d’avenir, le site lancé par Ségolène Royal en 2006 – et les médias sociaux en créant leurs iles sur … Second Life : là, ils succombent aux effets de mode et s’engouffrent dans une impasse.

Depuis, poussés par la révolte des chauffeurs de taxis face à Uber, ils se penchent sur la consommation collaborative, oubliant au passage qu’une bonne part de cette nouveau économie participe plus du solidaire non lucratif que d’un libéralisme débridé.

Avec le Web social, les citoyens sont devenus producteurs de contenus ; avec l’économie circulaire, ils se sont mués en producteurs de services ; avec les imprimantes 3D, ils vont devenir producteurs de biens : fini le cauchemar du dernier kilomètre, on vous envoie un petit bout de logiciel, vous le chargez sur votre imprimante, simple comme tout.

Passons sur le big data, et les citoyens qui demandent qu’on leur protège leur intimité ; mais le véritable enjeu en termes de sécurité pour les 50 ans à venir va se situer au niveau des objets connectés : aujourd’hui, les hackers réussissent encore à pénétrer dans le PC de monsieur « Tout le monde », malgré ses antivirus et autres pare-feux ; mais demain, il sera si aisé de se ruer à l’assaut des serveurs centraux via des montres, les volets, des voitures connectées – on a déjà constaté des attaques de ce type.

Difficile de légiférer aussi vite que notre monde bouge !

Sans oublier le tonneau des Danaïdes des retraites : on fait quoi avec le transhumanisme cher à Kurzweil et à … Google, car il faut pas oublier le cofondateur de la Singularity University, avec pour partenaire la Nasa !

Sans oublier l’intelligence artificielle et la robotique qui devrait supprimer 1 poste sur 2 dans les 20 ans à venir : certes de nouveaux métiers devraient apparaître, mais le solde devrait rester négatif … et il faudra reparler chômage après les retraites – ou avant ? « Il faudra taxer les robots » : comme ce n’est pas un communiste qui s’exprime ainsi, mais Bill Gates, on peut se demander si, toutes idéologies mises à part, ce n’est pas inéluctable.

Hier encore, Isaac Asimov était considéré comme un des auteurs de science-fiction parmi les plus visionnaires : demain, ses lois risquent de s’imposer à nous.

En 20 ans, notre monde a connu plus de révolutions qu’au cours de tout le 20ème siècle, pourtant bien secoué ; mais ne prenons surtout pas le temps de souffler, les chocs les plus violents restent à venir.

Et l’on aurait certainement bien besoin de politiques – mais aussi d’économistes, journalistes, sociologues, etc. – pour nous aider à les affronter.

La France s’arrête

La France s’arrête

La campagne présidentielle va occulter une bonne partie de l’actualité des semaines qui viennent – en fait, jusqu’au second tour des Législatives, c’est-à-dire à la mi-juin, bien des événements vont s’effacer à nos regards.

Pourtant le monde ne va pas continuer de tourner, le gouvernement anglais engagera ses discussions avec Bruxelles sur sa sortie de l’Europe, Trump va certainement continuer à naviguer à vue, etc.

Amazon continuera ses grandes manœuvres, s’activant dans le domaine des bases de données publicitaires, en concurrence frontale avec Google et Facebook, tout en renonçant certainement à ses fameux magasins physiques Amazon Go.

Pourtant sur le papier, c’était génial : on rentre dans la boutique, on prend ce que l’on veut et l’on ressort sans se soucier de rien … juste en espérant que l’on n’a pas dépensé pour plus qu’il n’y a sur son compte en banque. Problème, le système est inopérant quand il y a plus de 20 clients dans le magasin, s’ils bougent en peu trop vite … ou pire, s’ils remettent en place les produits qui ne leur plaisent pas !

Et le géant américain ne trouve pas vraiment de solutions à ces petits soucis ! Dommage, c’aurait été un beau relai de croissance quand on sait qu’aujourd’hui les bloqueurs de publicité « lui coûtent » plus de 5 millions d’euros pour notre seul pays.

Déjà le mois dernier, presque personne n’a parlé de South by Southwest – SXSW pour les initiés, LE congrès technologique d’Austin qu’en 2016, il ne fallait surtout pas rater : perte d’intérêt pour une manifestation qui en 2014 consacrait Whisper, qui a fait long feu, en 2015 Meerkat, qui a fait long feu aussi ?

On ne parlera pas trop non plus des actions en justice lancées par Que Choisir contre les plateformes de prêts aux MPE Lendix, Unilend et autres Lendopolis, à qui elle réclame de purger leurs conditions générales d’utilisation de nombreuses clauses jugées abusives – sans oublier que selon l’Union, les rendements sont loin d’être au rendez-vous.

Et ce n’est certainement pas Flint (c’est lui sur la photo), la dernière « newsletter personnalisée confectionnée avec amour par des robots venus du futur » qui nous informera mieux : le projet semble intéressant sur le papier, mais les résultats demeurent encore bien banals à ce jour.

La France entre en zone de turbulence – elle n’est pas le seul pays, j’ai évoqué Trump et le Brexit ; mais ce n’est pas une raison pour ignorer pendant encore deux mois ce qui se passe dans la Silicon Valley, en Chine … et chez nous, dans les laboratoires des grands groupe et dans le petit monde des startups.

Altice n’a pas attendu le second tour des Législatives pour racheter Teads !