Amazon : la croissance à tout prix

Amazon : la croissance à tout prix

Janvier 2018 : on apprend qu’Amazon UK vient de publier plusieurs annonces de recrutement de … « Senior Product Manager, EU Product Insurance » – tiens, le géant américain voudrait-il disrupter le métier de l’assurance ?

Mars 2018 : on apprend qu’Amazon « serait en discussions avec divers établissements comme JPMorgan Chase pour se lancer dans le secteur », selon Frenchweb – tiens, le géant américain voudrait-il disrupter le métier de banquier  ?

 

Finalement, c’est quoi le métier d’Amazon ?

Distributeur ? On serait tenté de le croire. Et il est même depuis 2016 le premier distributeur non alimentaire en France en termes de CA…

Sauf que son activité de loin la plus rentable, se situe dans le cloud avec Amazon Web Services qui dégage une marge opérationnelle de 25 %.

Mais Amazon est aussi un précurseur de l’IoT et de l’AI avec Alexa, et ce avec un réel succès puisque plusieurs millions de son assistant vocal se seraient vendus aux Etats Unis l’an passé, avant de bientôt débarquer en France ?

 

Ou simplement … disrupteur en chef de l’économie mondiale ?

L’activité de distributeur  d’Amazon restait déficitaire en 2016 hors Amérique du Nord… à un tel point qu’on peut se demander si son métier, ce n’est pas juste de disrupter non seulement les distributeurs traditionnels  (par des pratiques  entre dumping et vente à perte selon ses détracteurs…), mais aussi d’autres marchés.

Comme les autres GAFA, Amazon est assis sur un trésor de guerre fabuleux qu’il tire essentiellement de ses activités dans le cloud.

Mais alors que Apple et Google dépensent des sommes conséquentes dans la recherche, parfois même très visionnaire, quand la firme de la Silicon Valley s’intéresse au transhumanisme, et que Facebook bétonne sa domination sur le Web social,  Amazon semble en perpétuelle poussée de croissance tous azimuts.

Rachetant un jour un distributeur de produits biologiques, Whole Foods Market, bien ancrée dans le « brick and mortar »

Se lançant dans la vidéo à la demande avec Amazon Video…

Acquérant un jour une start-up fabriquant des sonnettes et des caméras de surveillance connectées…

Et quand Travis Kalanick,  CEO d’Uber, rêvait d’un immense parc de véhicules autonomes – finis ces damnés chauffeurs – Jeff Bezos lui investit dans des milliers de robots et vient de déposer « des brevets pour un bracelet permettant de détecter les mouvements des mains de ses employés » : pour mieux « les transformer en robots », s’inquiète La Croix.

Kalanick a sauté pour rassurer les marchés – mais Uber continue à perdre des sommes colossales… l’entreprise de Bezos gagne des milliards : il a les coudées plus franches.

 

Stop ! On peut résumer ?

Vente en ligne, magasins physiques avec Amazon Go, services Cloud, VOD, IOT, IA…. Il est loin le temps de la librairie en ligne…

Il y a quelque chose de fascinant à voir Amazon se déployer tous azimuts,… et à décrypter sa stratégie de diversification pas toujours lisible.

Cet article sur Causeur  apporte un éclairage intéressant : au-delà de devenir “l’Everything Store”, la vocation d’Amazon ne serait-elle pas simplement  de “numériser le réel et réaliser le numérique” , en mettant les clients de son côté, par la qualité de service portée par l’innovation ?

On peut le croire. Et les concurrents, qu’ils soient pure-players comme traditionnels, ont encore un peu de boulot pour faire aussi bien.

 

 

La “vieille économie” saura-t-elle disrupter les GAFA ?

La “vieille économie” saura-t-elle disrupter les GAFA ?

Dans la distribution, ce début d’année a été marqué en France par l’annonce de la suppression de plus de 2000 emplois chez Carrefour, et la cession ou la fermeture de plusieurs magasins de petite surface – essentiellement d’anciens Dia récemment rachetés par l’enseigne.

Autre évènement, l’ouverture au public du magasin sans caisse Amazon Go situé au pied de l’un des gratte-ciels de son QG de Seattle, après des mois de tests qui ont amusé bien des commentateurs puisque le système buguait dès que le nombre des clients dépassait la dizaine.

Si la stratégie diffère d’un continent à l’autre, l’objectif demeure le même : la reconquête des centres-villes, totalement délaissés aux USA et abandonnés au groupe Casino en France.

Les anciennes supérettes hard discount Dia son rapidement devenues des Carrefour City ou Contact – en concurrence frontale en région parisienne avec notamment les Franprix et autres Monoprix ; l’ancien patron de la Fnac va s’attaquer à la problématique plus complexe du commerce en ligne avec cette fois-ci … Amazon dans le viseur.

Plus discrètement – et sans communiquer sur le sujet – le géant américain a publié quelques petites annonces en Angleterre pour recruter … des professionnels de l’assurance, qui seraient basés à Londres ; même si l’on peut s’interroger sur la pertinence du point de chute en plein Brexit, la démarche n’est pas sans inquiéter les Axa et autres Allianz.

La démarche des GAFA demeure toujours la même : avec le trésor de guerre accumulé sur son business de base – qui pour Amazon se révèle plus le « cloud » que la distribution aujourd’hui, du moins en terme de rentabilité –, ils partent à l’assaut de marchés où on ne les attendaient pas vraiment.

Mais c’est quoi le marché de l’assurance aujourd’hui ? Couvrir des risques ? Les anticiper ? Ou plus simplement, gérer de la data ? Et là, Google ou Amazon ont une certaine avance sur leurs concurrents – même ceux qui ne s’imaginaient pas être en concurrence avec eux.

Carrefour, Leclerc, Axa, Allianz : tous ces groupes européens disposent de gigantesques moyens financiers, surtout les deux derniers.

Doivent-ils se battre contre les GAFA qui viennent les disrupter, pour défendre leur pré carré ? Ou ne devraient-ils pas plutôt se demander comment – en s’appuyant sur leurs acquis : présence physique, données, etc. – disrupter les GAFA en leur coupant l’herbe de la diversification sous le pied ?

Utopie ou dystopie : l’heure du choix

Utopie ou dystopie : l’heure du choix

En ce début d’année, les experts marketing rivalisent d’imagination pour révéler à leurs lecteurs leurs prévisions pour 2018.

2017 fut l’année de l’Intelligence Artificielle, 2018 sera celle d’applications plus concrètes comme les chatbots, la réalité augmentée mais aussi … les Fake News – et encore, nous ne parlons ici que celles concernant les marques !

Précision : ces prévisions ne sont pas les miennes, mais ont été juste glanées au détour de quelques blogs.

Et mis à part les Fake News, globalement les tendances présentées déclenchent plutôt l’enthousiasme … des experts qui les évoquent : on va pouvoir encore plus dialoguer avec ses clients … mais on ne se demande pas si ces derniers seront encore plus heureux de parler à des robots !

Quand on se penche sur les Google Trends, il y a un terme qui croit très significativement dans les recherches des Français : dystopie !

Dystopie ? « Fiction dépeignant une société imaginaire organisée de telle façon qu’elle empêche ses membres d’atteindre le bonheur […] Utopie qui vire au cauchemar ».

Exemples : 1984 de George Orwell ; Fahrenheit 451 de Ray Bradbury ; Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley ; etc.

Dès que l’on se projette dans un futur pas trop lointain, le rêve vira en effet très rapidement au cauchemar dans des univers où de malheureux consommateurs ne peuvent plus rentrer chez eux parce qu’on leur a volé leur identité numérique et que leur portier électronique exige un mot de passe depuis longtemps oublié.

Où des Google Home et autres Amazon Alexa les « formatent » en leur imposant des produits, de la musique, des voyages, des spectacles mieux adaptés à leurs désirs qu’eux-mêmes n’auraient jamais pensé !

Où les autorités affichent leur portait sur d’immense écrans quand ils traversent en dehors des clous et n’ont pas encore payé leur amende … je m’égare, ce n’est pas de la fiction, c’est juste la vie quotidienne en Chine comme le raconte 20 minutes.

Doit-on établir un lien de causalité entre AI, bots, réalité virtuelle, mais aussi retargeting, spamming, etc. et cette vision dystopique qui s’amplifie ? Très certainement !

Un monde où algorithmes et moteurs de recherche connaissent mieux que vous vos désirs les plus secrets peut se révéler rapidement inquiétant ; GAFA, NATU – Netflix, Airbnb, Tesla, Uber –, sans oublier les BATX – Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi, les GAFA chinois –, construisent  le meilleur des mondes dont puissent rêver les consommateurs du monde entier.

Mythes du 21ème siècle : le trolling

Mythes du 21ème siècle : le trolling

« En argot Internet, un troll caractérise ce qui vise à générer des polémiques », nous renseigne Wikipédia ; on peut troller partout : sur Twitter ou Facebook bien sûr, mais aussi sur un Forum ou en publiant une image, voire une vidéo, etc.

Comme pour tout phénomène de mode, le trolling s’enrichit de multiples expériences qui n’ont pas grand-chose avec … les trolls ; ainsi quand Greenpeace attaque Nestlé via sa marque Kit Kat pour dénoncer la déforestation de la forêt indonésienne (voir ici pour ceux qui auraient oublié), on peut parler de bad buzz, de militantisme, etc., mais pas vraiment de trolling.

Dans la mythologie scandinave, les trolls apparaissaient comme des génies malfaisants, responsables de toutes sortes de nuisances plus ou moins malignes, de simples insultes à des enlèvements d’enfants, avec pour seule motivation … de nuire, juste de nuire.

Ce qui nous empêche de considérer les actions de Greenpeace comme du trolling : l’ONG ne cherche pas à nuire à Nestlé  juste pour la plaisir, mais pour faire plier la multinationale sur l’usage de l’huile de palme – et ce avec un certain succès d’ailleurs.

Le trolling ne concerne pas de telles organisations, mais de simples internautes, socionautes, mobinautes : des gens qui ont envie, sinon de nuire, du moins de s’amuser sur le dos des marques.

Sans raisons. Ou presque : juste pour rire, le plus souvent.

Quand en 2007, Hasbro lance une grande consultation sur le Web pour lancer un Monopoly des villes de France, voilà qu’un petit malin suggère d’inscrire Montcuq dans la case joker. Succès immédiat, la petite bourgade caracolant immédiatement en tête des résultats : Montcuq, c’est drôle !

Quand certains internautes se sont aperçus que seul le 1er mot était connu du système « reCAPTCHA », et que le 2nd servait à aider les logiciels d’OCR – voir ici –, ils se sont mis à taper n’importe quoi à la place du terme proposé – et si possible une grossièreté, c’est plus amusant.

Dans ce second exemple, on sort du simple jeu : on est plus ou moins conscient qu’en agissant ainsi, on perturbe le bon fonctionnement du système : on passe du simple amusement à une forme, encore assez douce, de nuisance.

Nuisance gratuite : pourquoi ainsi tricher ? On rentre de plein pied dans le petit monde du trolling bête et méchant, comme si se faisant, les internautes cherchaient à se venger de quelque-chose – et notamment des institutions et  marques.

On comprend aisément que le consommateur qui vient de subir un préjudice, ou un simple désagrément, se lâche sur les médias sociaux, moitié pour mettre ses amis en garde, moitié pour « faire payer » l’entreprise ; mais aujourd’hui se développent d’autres formes d’agressions, en apparence moins justifiées.

En apparence, car en réalité, le citoyen règle un contentieux qui ne cesse de s’alourdir : « on essaie de me manipuler… ». Il ne sait pas nécessairement comment, mais il y a des éléments de preuve : par exemple, il vient de chercher des renseignements sur une cafetière, et voilà qu’on l’abreuve de publicités ciblées. Et comme les médias n’arrêtent pas de lui répéter que les GAFAs se goinfrent de ses données …

On passe peu à peu d’un système « vertueux » – j’utilise gratuitement des services comme un moteur de recherche ou une messagerie, en contrepartie de quoi ces derniers se financent en m’affichant de la publicité,  exactement comme dans l’ancien temps, TF1 me pourvoyait gracieusement en divertissements en les entrelardant de spots publicitaires – à un système plus diffus : ils collectent des données qui m’appartiennent un peu partout – et oppressant – et je ne sais pas à quoi tout cela sert vraiment – créateur de malaise : alors, l’internaute prend ce qu’il estime sa légitime contrepartie en trollant, un peu beaucoup, passionnément…

Mais au-delà de la motivation fondée ou non, c’est aussi la face sombre du consumer empowerment boosté par le web : le citoyen-consommateur (ces 2 notions parfois antagonistes…) a découvert qu’il a une voix qui porte  et s’en sert un peu à tout propos, comme d’un nouveau jouet fascinant.

On glisse ainsi doucement de l’utopie d’un web libre, démocratique, éclairé et  porteur de connaissances et d’idées à la dystopie d’un monde hyper-connecté où l’agression (fût-elle sous forme de moquerie la plupart du temps)  tient lieu de mode d’expression et et où chacun se sent investi du pouvoir de la foule qui regarde… tout seul derrière son écran, si bien décrypté par “Black Mirror“.

Est-ce vraiment la faute d’Internet ou une plutôt une illustration des petits travers de la nature humaine transposés au XXIème siècle ?

Pour élever un peu le débat, un indice philosophique, sur la difficulté d’être à la fois sujet et objet, et dont le web social est l’illustration ultime :

“Quand tu regardes l’abîme, l’abîme regarde aussi en toi.”  Nietzsche, 1886.